Calculs touristiques pandémiques à Crans Montana et au-delà

Je vous propose de torturer ensemble quelques chiffres simples et de les mettre en regard de l’offre et de la demande touristique.

Rappelons-nous que Crans Montana se veut internationale, même si sa fréquentation est suisse à 90%. Pourquoi, comment et quelles perspectives ?

Cuisinons

Le panier type d’utilité équivalente (PTUE) (1) comprenant 12 000 produits, établi pour calculer la parité de pouvoir d’achat (PPA) est de 105 chf pour l’Union Européenne (UE) et de 173 chf pour la Suisse… (la vie est plus chère en Suisse qu’en UE, c’est pas un scoop…)

Par ailleurs le produit intérieur brut (PIB) par habitant (corrigé en PPA) est de 41 kchf en UE et de 62 kchf en Suisse (2) (les Suisses sont plus riches que les Européens, pas de surprise non plus)

Calculons maintenant l’effort de chacun pour acheter ce panier

L’européen dépense chez lui (en UE) 105/41 = 2,56 (3)

Le suisse dépense chez lui (en Suisse) 173/62 = 2,79

Donc un suisse en Suisse dépense 1,09 fois ce qu’un européen dépense en UE (2,79/2,56)

 

Examinons maintenant le même effort pour un suisse en UE et un européen en Suisse :

L’européen dépense en suisse 173/41 = 4,22 (contre 2,56 chez lui…)

Le suisse dépense en Europe 105/62 = 1,69 (contre 2,79 chez lui)

D’où nous pouvons déduire que :

1-    Pour un suisse, aller en Europe c’est 40% moins cher (100-(105/73))

2-    Un Européen doit dépenser 1,65 fois plus en Suisse (173/105) que chez lui.

Donc, si l’européen agit selon un rapport qualité/prix optimisé (value for money), il ne viendra en Suisse que s’il obtient des prestations 65% plus élevées que chez lui (ce qui met la barre très haut).

On touche ici la force et la faiblesse du tourisme en Suisse, où les prestataires, enfermés dans des prix de revient élevés doivent, pour être « compétitifs » de façon standard, en « offrir pour 65% de plus ».

Ce n’est pas impossible puisque chaque consommateur de prestations touristiques peut composer son panier selon ses moyens. En revanche cela donne une idée sur les défis qui attendent les prestataires de tourisme en Suisse, dont Crans Montana est un bon exemple.

 

Ils sont venus, sachons les garder

La pandémie a eu la « bonne idée » (4) de limiter les voyages tandis que les stations touristiques suisses ont gardé leurs nationaux et résidents, à haut pouvoir d’achat comme clients. C’est pour cela qu’on retrouve 90% de suisses à Crans Montana, avec une envolée des suisses allemands qui ont remplacé les touristes internationaux empêchés.

En revanche ils se sont aperçus que leurs vacances étaient plus chères que lorsqu’ils partaient plus loin (+9% sur territoire, et en étant « privés » des 40% meilleur marché de vacances à l’étranger)

 

Fidélité et satisfaction

La visibilité sur l’ouverture inconditionnelle des frontières n’est pas encore d’actualité à court terme. La captivité relative de la clientèle suisse à fort pouvoir d’achat devient sans doute une opportunité pour que les acteurs du tourisme redéploient leurs offres avant que la situation se normalise à nouveau. L’axe principal sera alors d’emporter la fidélité du client (suisse) afin qu’il reparte moins. Or la fidélité implique une satisfaction client sans compromis car cette dimension prendra une importance plus grande encore.

Alors, amis acteurs du tourisme, mobilisons-nous sur nos NPS (5)

 

Jean Metz

Comité Apach

15 décembre 2021

(1)   Source : Office Fédéral de la Statistique

(2)   Source : Wikipedia citant les chiffres du FMI,de la BM et du CIA World Factbook

(3)   C’est le pourcentage en millième de son revenu qu’il dépense pour acquérir son panier

(4)   On s’en serait tout de même bien passé, ou bien ?

(5)   NPS : Net Promoter Score : pourcentage de clients évaluant leur probabilité de recommander une expérience, un produit, un service. Cet indicateur mesure la satisfaction client.