Crans-Montana, la fronde de certains hôteliers forcés de rester hôteliers

Crans-Montana, la fronde de certains hôteliers forcés de rester hôteliers

LE NOUVELLISTE

Les trois communes du Haut-Plateau ont placé leurs hôtels en zone réservée afin d’éviter qu’ils se transforment en résidences secondaires. Si l’association des hôteliers fera recours, ses membres ne sont pas unanimes. Pour la destination et pour le tourisme valaisan, c’est un débat existentiel.

 08.04.2021, 20:00

SON PROJET VIENT DE TOMBER À L’EAU. GÉRANT DE L’HÔTEL ROYAL, CORRADO FATTORE PLANIFIAIT DEPUIS PLUS D’UNE ANNÉE LA TRANSFORMATION DE SON ÉTABLISSEMENT. LA MOITIÉ DEVAIT DEVENIR DES RÉSIDENCES SECONDAIRES. MAIS LENS, ICOGNE ET CRANS-MONTANA ONT DÉCIDÉ DE METTRE TOUS LES HÔTELS DE LA DESTINATION SOUS CLOCHE POUR CINQ ANS. LES HÔTELS DE LA STATION DOIVENT CONSERVER CETTE ACTIVITÉ. IMPOSSIBLE DÉSORMAIS D’EN FAIRE DES APPARTEMENTS À VENDRE.

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«JE TROUVE CETTE DÉCISION PRESQUE MALHONNÊTE ET JE VAIS ME BATTRE POUR LA CONTESTER», AFFIRME CORRADO FATTORE. IL AJOUTE: «JE PRÉFÉRERAIS ÊTRE HÔTELIER, MAIS LA SOCIÉTÉ QUI A FINANCÉ LA RÉNOVATION N’EST PAS CONTENTE DU RETOUR SUR INVESTISSEMENT. CES 30 MILLIONS NE LUI RAPPORTENT RIEN CAR NOUS NE SOMMES OUVERTS QUE SIX MOIS PAR ANNÉE.»

ARGENT RAPIDE

 

L’ARGENT EST AU CŒUR DU DÉBAT. VENDRE DES APPARTEMENTS RAPPORTE PLUS ET PLUS RAPIDEMENT. AINSI, LA STATION A PERDU PLUS DE LA MOITIÉ DE SES LITS HÔTELIERS. IL Y EN AVAIT 5500 EN 1985 CONTRE 2500 AUJOURD’HUI. «OR, L’HÔTELLERIE EST UN DES MOTEURS ÉCONOMIQUES ESSENTIELS AU TOURISME», ÉCRIVAIENT LES PRÉSIDENTS DES TROIS COMMUNES, LA SEMAINE PASSÉE, DANS UN COMMUNIQUÉ.

CRANS-MONTANA ÉTAIT UNE STATION LEADER ET CE TOURISME BASÉ SUR LES RÉSIDENCES SECONDAIRES A CONSTRUIT NOTRE PERTE.

DAVID BAGNOUD, PRÉSIDENT DE LENS

«NOUS AVONS PROBABLEMENT FAIT FAUX EN LAISSANT DISPARAÎTRE CES ÉTABLISSEMENTS», REPREND LE PRÉSIDENT DE LENS, DAVID BAGNOUD: «CRANS-MONTANA ÉTAIT UNE STATION LEADER ET CE TOURISME BASÉ SUR LES RÉSIDENCES SECONDAIRES A CONSTRUIT NOTRE PERTE. LA LEX WEBER ET LA LAT Y ONT MIS UN TERME.» ACCEPTÉES PAR LE PEUPLE SUISSE EN 2012 ET 2015, CES DEUX LOIS ONT SÉRIEUSEMENT RESTREINT LES POSSIBILITÉS DE BÂTIR, NOTAMMENT DES RÉSIDENCES SECONDAIRES. LE TOURISME VALAISAN QUI ÉTAIT JUSQU’ALORS BASÉ SUR UN TOURISME DIT «DE CONSTRUCTION» SE DIRIGE DÉSORMAIS VERS UN TOURISME «D’EXPLOITATION». MAIS LES HÔTELS CONSTITUENT UNE DES SEULES EXCEPTIONS À LA LEX WEBER. S’ILS PEUVENT PROUVER UNE FAIBLE RENTABILITÉ, LA LOI LAISSE LA POSSIBILITÉ DE TRANSFORMER LA MOITIÉ DE LEURS ÉTABLISSEMENTS EN RÉSIDENCES SECONDAIRES.

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PAS RENTABLES

UNE PARTIE DES HÔTELIERS DE CRANS-MONTANA NE PARTAGE CEPENDANT PAS CETTE ANALYSE. CONVOQUÉS CE MERCREDI PAR DIDIER BONVIN, PATRON DE L’HÔTEL AD’ELDORADO ET CHEF DE LA SECTION LOCALE DE L’ASSOCIATION HOTELIÈRE VALAISANNE, LES DOUZE MEMBRES PRÉSENTS, SUR UNE TRENTAINE, ONT DÉCIDÉ UNANIMEMENT DE FAIRE OPPOSITION À LA DÉCISION DES AUTORITÉS. «ELLE VA À L’ENCONTRE DE L’ÉVOLUTION TOURISTIQUE. LE CLIENT ACTUEL CHERCHE EN MAJORITÉ DES APPARTEMENTS DE VACANCES. CE N’EST PAS EN NOUS METTANT SOUS CLOCHE QU’IL CHOISIRA L’HÔTEL À LA PLACE DES APPARTEMENTS. LES VISITEURS DÉCIDENT INDÉPENDAMMENT DE CETTE THÉORIE FARFELUE», AFFIRME DIDIER BONVIN.

CETTE DÉCISION VA À L’ENCONTRE DE L’ÉVOLUTION TOURISTIQUE. LE CLIENT ACTUEL CHERCHE EN MAJORITÉ DES APPARTEMENTS DE VACANCES.

DIDIER BONVIN, CHEF DE LA SECTION DE CRANS-MONTANA DE L’ASSOCIATION HÔTELIÈRE VALAISANNE

SELON LUI, LA BRANCHE EST DIFFICILEMENT RENTABLE CAR LA STATION N’ATTIRE PAS DU MONDE TOUTE L’ANNÉE: «LES COMMUNES VOUDRAIENT PLUS D’HÔTELS ALORS QU’AVEC 30% À 40% DE REMPLISSAGE ANNUEL ET DES BANQUES QUI NOUS PRÊTENT À DES TAUX TRÈS ÉLEVÉS, LA RENTABILITÉ EST DIFFICILE À ATTEINDRE POUR CEUX QUI SONT LÀ.»

PARADOXALEMENT, CES HÔTELIERS ESTIMENT DONC QUE LEUR SECTEUR D’ACTIVITÉ N’EST PAS VIABLE, SURTOUT LORSQU’IL FAUT ENTREPRENDRE DES RÉNOVATIONS. LA POSSIBILITÉ DE VENDRE DES APPARTEMENTS CONSTITUERAIT AINSI UNE SORTE D’ASSURANCE VIE.

250 MILLIONS INVESTIS À LENS

 

MAIS TOUS NE SONT PAS DE CET AVIS. POUR JEAN-DANIEL CLIVAZ, PRÉSIDENT DE L’OFFICE DU TOURISME ET PROPRIÉTAIRE DE L’HÔTEL OLYMPIC, L’EXPLICATION DE SON CHEF DE SECTION NE TIENT PAS: «LES ÉTUDES DISENT LE CONTRAIRE. CERTAINS CLIENTS CHERCHENT DES APPARTEMENTS, MAIS L’OCCUPATION MOYENNE PAR LIT HÔTELIER EST CONSTANTE QUEL QUE SOIT LE NOMBRE D’HÔTEL. LA DEMANDE SUIT DONC L’OFFRE. DE PLUS, D’APRÈS LES CALCULS DU CANTON, UNE NUITÉE HÔTELIÈRE RAPPORTE EN MOYENNE 300 FRANCS À LA DESTINATION CONTRE 150 POUR UNE LOCATION D’APPARTEMENT ET 70 POUR UNE RÉSIDENCE SECONDAIRE.»

ON NOUS ENLÈVE NOTRE LIBERTÉ DE COMMERCE. QUE PENSERAIT UN COIFFEUR SI L’ETAT L’OBLIGEAIT À FAIRE CE MÉTIER TOUTE SA VIE?

YVES KLINGER, PROPRIÉTAIRE DE L’HÔTEL DU LAC

DAVID BAGNOUD AJOUTE: «SUR LENS UNIQUEMENT, PLUS DE 250 MILLIONS SERONT INVESTIS DANS DIVERS PROJETS PUREMENT HÔTELIERS, SANS VENTE D’APPARTEMENT POUR LES FINANCER. ON PEUT EN DÉDUIRE QUE LA RENTABILITÉ DE LA BRANCHE N’EST PAS MAUVAISE.»

PRIVATION DE LIBERTÉ

 

PROPRIÉTAIRE DE L’HÔTEL DU LAC, YVES KLINGLER SE SITUE ENTRE LES POUR ET LES CONTRE. IL SOUHAITE QUE LES COMMUNES ET LA BRANCHE PUISSENT TROUVER DES SOLUTIONS ENSEMBLE: «JE NE SAIS PAS SI JE VAIS M’OPPOSER À LA DÉCISION. JE SUIS D’ACCORD SUR LE FOND, LES LITS CHAUDS SONT NÉCESSAIRES À LA DESTINATION. MAIS LA MÉTHODE ME FAIT PENSER À UNE PUNITION. ON NOUS ENLÈVE NOTRE LIBERTÉ DE COMMERCE. QUE PENSERAIT UN COIFFEUR SI L’ETAT L’OBLIGEAIT À FAIRE CE MÉTIER TOUTE SA VIE?»

OR, CETTE RESTRICTION DE LIBERTÉ NE TOUCHE PAS QUE LE SECTEUR HÔTELIER, SELON DAVID BAGNOUD: «LENS DOIT DÉZONER 30 HECTARES, CRANS-MONTANA, 70. DES CITOYENS QUI ONT INVESTI LEURS ÉCONOMIES DANS DES TERRAINS À BÂTIR VONT LES PERDRE. CE SONT LA LEX WEBER ET LA LAT QUI EN SONT LA CAUSE ET ELLES SONT LE FRUIT DE LA VOLONTÉ POPULAIRE.»

INTÉRÊT PUBLIC

 

DERRIÈRE CE DÉBAT SE JOUE LA NOUVELLE VIE DU TOURISME VALAISAN DEPUIS QU’IL EST QUASIMENT IMPOSSIBLE DE BÂTIR DES RÉSIDENCES SECONDAIRES. DANS CE SENS, LE HAUT-PLATEAU VIENT SIMPLEMENT DE DÉCRÉTER QUE SES HÔTELS SONT D’INTÉRÊT PUBLIC.

EN COMPENSATION, LES TROIS COMMUNES PROPOSENT UNE TABLE RONDE AUX HÔTELIERS AFIN DE RÉFLÉCHIR À DES MESURES DE SOUTIEN À LA BRANCHE, NOTAMMENT FINANCIERS. SI CES DISCUSSIONS ABOUTISSENT, LA MESURE POURRAIT ÊTRE LEVÉE DANS SIX MOIS.