Daniel Koch: «L’après-ski en Valais, comme on l’a connu, ne sera pas possible cet hiver»

 

Daniel Koch, dans les rues de Crans-Montana. Le spécialiste des maladies transmissibles conseille aux responsables du tourisme valaisan de trouver des moyens d’accueillir les hôtes en toute sécurité pour la période hivernale. ANTONIN MAUDRY

PAR CHRISTINE SAVIOZ LE NOUVELLISTE  16.08.2020

INTERVIEW L’ancien Monsieur Covid de la Confédération a donné une conférence samedi à Crans-Montana. Il a accepté de répondre à nos questions et note que les Valaisans doivent réfléchir maintenant à la prévention en stations cet hiver.

Monsieur Covid était de passage sur le Haut-Plateau samedi. Invité par l’Association des propriétaires de chalets et d’appartements de Crans-Montana aux côtés de François Savary, économiste responsable de la politique d’investissement du groupe Prime Partners, Daniel Koch a évoqué sa fonction de chef du Département des maladies transmissibles au sein de l’Office fédéral de la santé publique, poste qu’il vient de quitter pour entreprendre sa vie de retraité.

Les chiffres de personnes infectées sont en constante augmentation. Cela vous inquiète?

Ce n’est en tout cas pas une deuxième vague, mais il faut qu’on arrive à inverser cette augmentation constante et lente. Car je crains que cet automne/hiver, quand tous les autres virus circuleront, il sera encore plus difficile de détecter les cas de Covid. Or, si on les perd totalement, cela peut déclencher une augmentation exponentielle, et là, ce sera une deuxième vague.

Est-ce envisageable de tout refermer comme en mars dernier?

Je ne pense pas, mais ce sera une décision du gouvernement. La seule chose, c’est que si une deuxième vague survient, il y aura des mesures difficiles à supporter. Je m’inquiète notamment pour le Valais car il faut sauver la prochaine saison sportive hivernale.

Vous soulignez que le tourisme valaisan a payé cher les conséquences du coronavirus…

Oui, il faut tout mettre en œuvre pour refaire le tourisme et réfléchir dès maintenant à la manière de passer cet hiver. Par exemple, l’après-ski, comme on l’a connu, ne sera pas possible. On ne peut pas avoir des bars avec tout ce monde, les uns sur les autres.

Comment faire redescendre les chiffres? 

Il faut tout faire pour voir où on peut améliorer la prévention dans les entreprises, les transports publics, mettre du désinfectant partout, regarder si, dans les écoles, la prévention marche, discuter avec les adolescents pour voir leurs possibilités de loisirs sans prendre de grands risques, etc. Mais le plus important est de détecter les cas tôt. Dès qu’une personne a de petits symptômes, elle doit être testée.

Qu’entendez-vous par «petits symptômes»? Un rhume?

Oui, par exemple. Quand le rhume commence, il ne faut pas attendre de plus graves symptômes pour se faire tester. Ce n’est pas la maladie de l’individu qui inquiète, mais la transmission. On commence à transmettre le virus deux jours avant les symptômes.

L’école reprend lundi en Valais, avec des masques pour les élèves du secondaire II. Est-ce une bonne mesure?

Oui, il faut le faire tant qu’on n’a pas de deuxième vague. Commencer à exiger les masques en plein hiver serait trop difficile. Peut-être que, plus encore que la simple protection elle-même, le masque rappelle aux gens qu’on a un problème. Mais, si on avait appliqué cette mesure au début, tout le monde aurait cru que c’est LA solution. Or, ce n’est pas la solution, c’est un outil supplémentaire à utiliser là où c’est nécessaire. Le pire est quelqu’un qui porte un masque et ne se désinfecte jamais les mains. Désinfecter les mains est le plus important.


La conférence a également vu la participation de François Savary (à gauche), économiste. Photo: DR

 

Les enfants devraient-ils aussi porter les masques?

Non. Ils sont peu atteints par le virus, et ce ne sont pas eux qui le transmettent le plus. Il ne faut pas leur imposer quelque chose qui peut être dangereux pour eux. Un masque est seulement possible pour les personnes pouvant l’enlever elles-mêmes.

Vous étiez pour l’autorisation des manifestations de plus de 1000 personnes avant la décision du Conseil fédéral. Or, vous conseillez des clubs de hockey, dont le CP Berne. Certains vous ont accusé d’y voir un intérêt…

Je le dis depuis toujours: le problème n’est pas le chiffre absolu, mais le contrôle sur les rassemblements. C’est mieux de savoir, dans une population de 1000 personnes, qui est à côté de qui, qu’avoir une manifestation avec moins de personnes, mais dont on ne sait pas qui a été en contact avec qui. Les open airs ou carnavals ne sont pas possibles car on ne peut pas effectuer ce contrôle. En revanche, dans un stade ou des concerts où les sièges sont numérotés, c’est possible. Ma position n’a donc rien à voir avec mes conseils aux clubs, avec lesquels je n’ai pas de contrat. Jusqu’à présent, le CP Berne a dû me verser 700 francs, je pense que c’est supportable.

Récemment, des erreurs ont été commises par les autorités fédérales, dont l’annonce de la mort d’un trentenaire à cause du Covid, ce qui était faux. N’y a-t-il pas un risque de perte de crédibilité?

Ce n’est surtout pas à moi de faire des commentaires là-dessus, ni sur l’OFSP ni sur le Conseil fédéral. Ce n’est pas mon rôle.

Pourquoi acceptez-vous d’être encore médiatisé pendant votre retraite?

Je pourrais, par pur égoïsme, dire que, comme j’ai plus de 65 ans, je ne veux pas vivre de deuxième vague. Mais ce n’est pas ça. C’est juste que ma profession est la santé publique et je ne peux pas la nier d’un jour à l’autre. Je continue à aider là où je peux. Ce n’est pas ma personne qui est importante, mais le problème du virus.

Est-ce que ce problème disparaîtra un jour?

Oui. Même si le virus en tant que tel ne disparaît pas, le problème disparaîtra. L’humanité a toujours trouvé des solutions pour affronter les menaces de santé et cela a toujours commencé par des crises.
UNE CONFÉRENCE À SUCCÈS

Pour l’Association des propriétaires de chalets et d’appartements de Crans-Montana (APACH), la soirée a été un succès puisque 180 personnes étaient présentes. «C’était une manière aussi de retrouver la sérénité avec les Valaisans, car au début du confinement, les propriétaires de résidences secondaires étaient souvent pris en grippe lors de leurs séjours. Les indigènes craignaient qu’on ne leur amène le virus et des voitures genevoises se sont retrouvées avec des pneus crevés ou des carrosseries rayées», explique Cédric Berger, président d’APACH. Quelques semaines après, Valais Tourisme incitait les Suisses à venir passer leurs vacances estivales en Valais. «La conférence de samedi a été un bon moyen d’apaiser les tensions», se réjouit Cédric Berger.