Lasure au Printemps

La lasure aux premiers beaux jours de printemps fait s’évanouir le temps, d’un confinement…

Le temps des ordis, le temps des parodies, le temps des non-dits, le temps des appétits. C’est important… Les bois grisés de l’été enseveli, les bois pelés par le gel hivernal, ont besoin de la résurrection printanière : un petit coup de lasure.

Le soleil était là, cet après-midi, douillettement nimbé d’un coton vaporeux qui en contenait les flèches. Il embrassait de chaleur douce ces jardins animés et ces chalets cajolés, entourés de soins et d’attentions inattendus de leurs locataires aujourd’hui bien présents.

La vallée retrouvait une partie de ses musiques du samedi. Les motos furent de sortie, rappelant le temps où il pouvait s’arrêter subitement. Autre temps, sans doute.

Les morceaux de charpente, recyclées en lampes, les encadrements des portes fenêtres et les tables et les bancs, attendaient ce moment. Lasurer tout ce beau monde, n’est-ce pas le préparer pour les feux de l’été ?

Le pot grand ouvert, le pinceau généreux, tenu de main gantée, et nous voilà partis en campagne. Le frottement rythmé du pinceau précise la couche. La lutte s’installe entre la goutte qui s’étale et le geste qui dérape. L’essuie-tout rattrape.

Le pinceau se fait intelligence qui dépose des couches d’esprit sur un monde admis pour brut. Mais ce monde aimerait-il la même couleur de vernis ?

Soudain la brise du soir vient pincer d’un frimas la main du pinceau qui en a épuisé le seau. Le premier tremblement n’est point l’issue du récent virus, mais seulement l’effet d’une chute de degrés Celsius. Déjà un premier fumet de pot au feu s’est échappé d’une porte entr’ouverte, invitant à d’autres moments, ce que le temps attends.

Retrouvant à dîner tous nos proches, à l’issue de quoi retrouver MacIntosch, laissant la montagne à sa nuit, et peut-être le temps aussi.

Jean

Fin mars 2020, confiné à Crans Montana