Après l’association, puis la fusion, voici que vient le temps de la division

Après l’association, puis la fusion, voici que vient le temps de la division

Par Jean-Claude Savoy

Président de la commune de Chermignon de 2009 à 2016

Mon sentiment, partagé par pas mal d’anciens élus, est que nous sommes passés d’une entente cordiale qui voulait le développement concerté de l’ensemble des territoires de la Lienne à la Raspille, notre territoire « partagé », à la mise en place d’un rapport intercommunal basé sur la force. Crans-Montana se sent forte actuellement. Nombre de ses élus affirment que la nouvelle commune est maintenant assez puissante et prospère pour réaliser de grands projets à elle toute seule. Ces mêmes élus se plaignent que, suite à la fusion, l’ACCM est déséquilibrée à ses dépens. C’est dans ce sens que Crans-Montana a décidé tout d’abord de quitter l’ACCM, avant d’exiger finalement de Lens et Icogne que son fonctionnement soit encore une fois revu.

 Jusqu’en 2007, la Commission de coordination ne regroupait que les présidents de communes. Elle n’avait aucune compétence, à part de coordonner les efforts des six entités qui se partagent le territoire de la station Crans-Montana. Pour qu’un projet aboutisse, il fallait l’unanimité des conseils communaux.

 Preuve de l’immobilisme qu’elle générait, entre les années 1990 et 2010, les communes n’ont quasi rien réalisé ensemble à Crans-Montana, à part le local du feu, qui avait mis au moins à 20 ans avant d’aboutir. Notamment, le projet de patinoire couverte et halle multi-fonctions dans le secteur du Régent avait lamentablement capoté.

Comme la Commission de coordination avait montré ses limites, les présidents de l’époque (2005) ont profité de la nouvelle Loi sur les communes de 2004 pour mettre en place une Association de communes à buts multiples (ACCM), dotée de statuts, d’un organe délibérant (législatif), d’un comité directeur (exécutif) et, surtout, d’un réel pouvoir de décision. Ce projet a été largement approuvé par la population des six communes, lors d’un vote solennel qui a eu lieu en mars 2007.  

L’Association des communes de Crans-Montana a pris son essor le 1er janvier 2008. Dès lors, sur la base de budgets présentés à son assemblée des délégués et votés en un lieu unique, la station s’est remise en marche au niveau de ses investissements en matière de tourisme, mais aussi d’aménagement du territoire.

Les conseillers ont appris à se connaître dans cette assemblée des délégués et dans les six commissions dans lesquelles ils siégeaient.

Indéniablement, l’idée de la fusion des communes s’est faite jour plus rapidement, même si Lens, par une décision populaire, et Icogne, par une décision de son Conseil, n’ont pas souhaité s’y joindre.

La fusion des communes de Mollens, Randogne, Montana et Chermignon acceptée, les statuts l’ACCM ont été revus et adaptés à leur tour à l’unanimité moins une déléguée.

 Dans les documents préparatoires à la fusion, les autorités de l’époque s’étaient engagées non seulement à maintenir l’ACCM, mais encore à améliorer son fonctionnement.

 Or, dès l’arrivée des nouveaux élus, l’ACCM a été mise en question. Comme si cela avait été prioritaire. Un bureau d’études qui avait d’entrée un avis négatif à propos des associations de communes a été mandaté pour faire de nouvelles propositions en matière de gouvernance. 

Le résultat de l’étude a été conforme à ce qui était attendu : l’ACCM a été jugée lourde, peu efficace, peu démocratique. Inutile, tout simplement. 

Il est donc proposé de revenir à la situation d’avant ACCM, c’est-à-dire au temps de la coordination. Dans ce système, il faut l’unanimité des 3 communes pour qu’un projet aboutisse.  

La commune de Crans-Montana se dit freinée dans son développement par le poids trop important de Lens et Icogne dans le processus politique. En sus, certains se plaignent que Lens ne participe pas selon sa réelle capacité au financement des projets communs. 

En Valais, aucune commune n’est assez grande pour se passer des autres. Même pas Sion. Il est donc inconcevable et pour le moins incongru que Crans-Montana puisse faire cavalier seul alors que bon nombre de ses services sont fortement interconnectés avec Icogne, Lens, mais aussi les communes du coteau, celles de la plaine, Sierre et largement au-delà.

La fusion a été voulue par les citoyens des 4 communes qui ont donné naissance à la commune de Crans-Montana. Cette fusion n’a jamais été dirigée contre Lens et Icogne. Personne, je l’espère, n’a souhaité à l’époque la division que l’on perçoit actuellement entre les exécutifs communaux.  

C’est une division qui n’apparaît pas dans la population des 3 communes. Fort heureusement, celle-ci fait preuve de bon sens. Elle ne saisit pas les dissensions qui sont apparues entre élus depuis quelques mois. 

Les défis liés à l’aménagement du territoire, à la « dé-population » en région de montagnes, à la mobilité, aux équipements touristiques, à la fourniture d’énergie, à la protection de la nature, au développement économique et bien d’autres encore réclament une forte cohésion entre les communes de Crans-Montana, Lens et Icogne.

 

Puisse la raison revenir rapidement.