(Im) Mobilité à Crans-Montana

La mobilité sur le Haut Plateau est devenue un sujet immobile. Telle la Grande Roue de Noël, on tourne en rond.

Le texte qui suit est une forme de rébus : un mot titre suivi d’une proposition. A vous de trouver la relation. On a le droit de « sécher » mais le but c’est d’y réfléchir. Alors, êtes-vous prêts ?

 

Le champ de bataille

Les 1500 places de parking existantes n’autorisent la venue que de 5000 visiteurs alors que la station en pleine saison compte 11 000 habitants et 30 000 résidents secondaires… Si tous possèdent un parking, ils ne sont pas toujours à proximité des activités et nécessitent bien souvent une desserte complémentaire par des navettes trop rares, polluantes mais gratuites…

Inutile de se présenter un samedi de saison après 10h00, il est impossible de garer sa voiture. Cela se sait et les candidats à la désertion grossissent les rangs des stations mieux fourbies.

L’urbanisme est resté aussi absent que l’esthétique architecturale, momifée dans l’époque le-corbusienne, déifiant l’angle droit de préférence bétonné, au service des esprits cupides des années soixante. L’héritage de cette facilité est désormais lourd à porter pour en gommer l’obsolescence.

  

Don Quichotte

En réponse à cette absence, n’entendez-vous pas poindre au loin tous les « il-n’y-a-qu’à » et autres « pas-de-raison-que », qui, d’un revers de gant, préconisent construction de parkings, monorail à la disney, bus articulés ou résidences closes réservées aux commerces exclusifs ? L’Amérique, quoi !

  

Talleyrand

 Il faut dire que les intérêts en jeu (ou perçus) ne vont pas dans le sens de la fluidité. Chaque secteur économique veille jalousement son pré carré pour éviter que « son » client captif aille soulager son portefeuille sous d’autres cieux. Réminiscence de la pensée mercantile qui prétend que la tranche du gâteau devenue disponible ne peut-être que volée…Devant cette apologie du monopole (on aurait dit « privilège » en d’autres temps) comment ne pas se désespérer du désastre de voir des « murs » s’ériger pour défendre des « cours » qui ne se remplissent plus ?

  

Keynes

 Sans fluidité, sans mobilité, pas d’économie, faut-il le rappeler. La base, c’est la transaction et pour cela, il faut – a minima – une rencontre… Les routes, autoroutes, chemins de fer, voies navigables, lignes aériennes, lignes de communications (téléphone, internet etc) sont « structurants », c’est à dire qu’ils créent de l’économie et donc de la richesse. La plupart sont d’initiatives publiques, gérées par le privé, sous contrôle souvent étroit… Ils ne sont généralement pas rentables directement, eu égard à des retours sur investissement trop longs, mais génèrent les écosystèmes qui eux, créent de la richesse. Par exemple, les remontées mécaniques d’une station génèrent l’essentiel de son économie touristique, au même titre que ses routes d’accès…

  

Prométhée ?

Les enjeux de la mobilité bien compris, la question est de savoir si celle-ci est satisfaisante en l’état, et sinon comment peut-elle être développée.

N’écartons pas le doigt mouillé dans les analyses car il ramène souvent les statisticiens diaboliques sur les terres de la réalité vraiment perçue. Personne ne se plaindra de la facilité de circuler ou de se garer fin mai ou début novembre en station. Il en va autrement des samedis de fin d’année ou de ceux de février…

Si personne n’aura l’idée saugrenue de vouloir implanter une autoroute entre Cry d’Er et les Violettes, l’idée de construire à tout va des parkings n’en serait pas éloignée. Une place de parking coûte environ 50 000 chf à la construction (on est en montagne, l’espace construit est cher). 1000 places supplémentaires, ce qui serait un minimum (moins qu’un doublement) représenterait un investissement de 50 millions soit environ 40% de la somme des budgets communaux annuels des 3 communes du Haut Plateau ! Inacceptable, naturellement. Et se débarrasser du problème sur le privé reviendrait à trouver le pigeon qui, vite plumé, tôt s’enrhumerait…

  

Freud

On en est donc là, dans une situation immobile, véritable cul-de-sac, insoluble casse-tête, état propice à jouer les autruches en considérant que la meilleure solution est de ne pas se poser la question… On ne peut pas élargir les routes, on ne peut pas construire de parkings supplémentaires alors on se réfugie dans la résidence plus ou moins hôtelière avec parking privé, pour continuer dans l’axe captif de l’offre, la continuité de l’idée du pré carré en quelque sorte. Véritable refoulement, on cloisonne, on étanche, on pense protéger, stocker, capter, au lieu d’échanger et d’adapter.

 

Amazonie

Les solutions logistiques existent pourtant. Simples, certes non, mais réelles et opérationnelles, oui. Regardons un instant ailleurs, dans l’espace et dans le temps, comme souvent pour amorcer une réflexion sur des objectifs raisonnables et des moyens pratiques.

Le transport a été une première fois révolutionné par l’énergie à profusion et bon marché (deux siècles d’énergies fossiles ont remplacé deux millénaires d’énergie … humaine – l’esclavage, en clair – ). Ensuite on a mis le transport en « boite » : palettes, conteneurs ou mono-colis, avec des systèmes logistiques sophistiqués et adaptés à ces modules.

Cette technicité n’a pas encore atteint le transport des personnes en profondeur, certainement faute de faire le rapprochement hasardeux entre une respectable personne humaine et une utilitaire boite de sardines. Et pourtant…aux heures de pointe…

 

Sur les rails

Et pourtant, nous avons en Suisse et en matière de transport de personnes, le plus bel exemple du monde dans nos chemins de fer, le réseau CFF, un véritable modèle technologique, efficace et inégalé. L’adaptation des trains à la fréquentation, la fréquence de ceux-ci, l’éventail des dessertes, l’incroyable gestion minutée des correspondances ou la multi modalité (train, bus, aéroports, transport lacustre) fait d’un pays tout entier aux accès difficiles (montagnes..) un quasi réseau de métropole urbaine.

Ne serait-on pas capable de le faire en ce sens sur le Haut Plateau ? Densifier, séquencer, desservir, sont-ce trois concepts incompréhensibles ?

 

Electre

On dispose aujourd’hui d’un éventail de choix élargi pour le transport de personnes, avec une accélération qui offre de nouvelles perspectives. Navettes électriques à dimensions variables, multiplexage usage privé à la demande ou ligne publique, connectivité localisant la demande en lieu et temps réel. Définition des couloirs de flux, exclusifs ou non, aménagement des stockages intermédiaires et des points de transmodalité. L’obtention d’une gestion « mouvements-temps » versatile et pertinente est au carrefour de ces méthodes.

  

Hercule

 Tout ceci ne se fait pas en claquant des doigts et ne se résout pas dans ces quelques mots ne visant qu’à réveiller la question… « une fois de plus »… Certes mais si cette fois (re)devenait un (bon) point de départ ? Repartir d’un bon pied ? Mêler les meilleurs spécialistes et présenter 3, 4 ou 5 projets pertinents au citoyen votant, bien entendu, mais aussi aux 30 000 utilisateurs résidents secondaires et centaines de permanents que l’Apach représente, pour le bien-être et la richesse économique de tous ?

  

Hermès

 Communiquons ! Mettons-nous tous au travail ! Serions-nous découragés une énième fois par l’insurmontable ? Nos anciens n’ont-ils pas construits les bisses ? Le jeu ne vaut-il pas la chandelle ? L’arrêt de bus ne vaut-il pas le bec de gaz ? La navette autonome ne vaut-elle pas la porte qui s’ouvre devant votre smartphone ? Nos visiteurs, nos résidents, nos citoyens ne méritent-ils pas de se déplacer dans le respect d’un environnement si précieux ?

 

 

Jean Metz

Pour l’Apach

Janvier 2020