Digitalisation et Crans-Montana : cherchons la Fable !…

 

…Et c’est est une : longue, laborieuse, jalonnée de résistances et de frustrations, d’incompréhensions et de répétitions, le chemin critique idéal d’une entreprise ad nauseam…

Optimiser les services à l’aide des nouveaux outils technologiques pourrait relever de l’évidence pour beaucoup d’entre nous. Viendrait-il à l’idée d’emporter cartes routières et plans urbains dans son auto pour se rendre à une nouvelle adresse ? Prend-t’on encore la météo à la radio ou aux infos télé de la veille au soir ? Allons-nous dans une agence de voyage pour acheter un billet d’avion ? Cherche-t’on un numéro de téléphone dans un bottin ?

Pouvons-nous recevoir une proposition d’activité personnalisée à tout moment à Crans Montana ? Recevons-nous l’information pertinente à une requête de « mobilité » en station ? Peut-on recevoir un programme de week-end à la carte de ses désirs individuels sur le Haut Plateau ? Peut-on se faire inviter à un table de restaurant en passant simplement à proximité sans téléphoner dix fois pour se voir répondre que c’est complet ?

 

Analyser, apprécier, démontrer, planifier, argumenter, défendre, voilà ce que la raison sait faire… Avec talent.

Est-ce suffisant pour que les décisions soient prises, une fois le sujet purgé du moindre défaut ?

 

Pas de raison…

La politique prétend, et c’est probablement son rôle, voir les choses en grand, embrasser « le tout » pour être ou rester sur des chemins compréhensibles à la collectivité. Compréhension, appropriation, adoption, promotion, mais où donc est passée la raison ? « Rien de grand ne se fait sans passion » (*) … La raison ne fonctionne-t’elle que lorsque elle est jugée raisonnable ? La logique et la morale ne sont-elles pas les rails parallèles qui cherchent la même direction sans jamais se rencontrer ?

Devant l’impossibilité de trouver les évidences pour résoudre ces énigmes « de l’intérieur » , nul doute qu’il faut aller voir « à l’extérieur » le bon déroulement des choses de la nature. Prenons le cas de la bio-similarité. Le petit poisson ne peut se défendre face au pouvoir du grand dauphin. En revanche il pourra se faire poursuivre jusqu’où il veut, jusqu’à disparaître par mimétisme ou surnombre. Le dauphin a-t’il alors choisi librement son chemin ? C’est à chacun d’y répondre…

 

Que la (dé)raison…

Prenons le cas du citoyen ou même celui du résident (secondaire), ou pire celui de l’étranger. Dès sa première montée dans un télésiège, ne le voilà t’il pas propulsé dans la chose politique ? N’aurait-il pas une opinion pertinente sur la queue qu’il s’est vu imposer, l’absence de confort d’un siège non chauffé, sans protection dans un vent glacial, sans compter la lenteur du trajet et l’inévitable panne qui va ruiner sa réservation à déjeuner ou son retour en funiculaire ? Comment notre ami n’aurait-il pas raison d’aller faire le siège des remontées mécaniques, de l’office du tourisme, du constructeur de sièges, de trippe-eude-vaille-zorre, puis de twitter son ire auprès des communautés éprises de fil à la patte, pour partager sa révolte en recrutant les adeptes ? Ira t’il jusqu’à accuser le banquier ou le promoteur d’être si pingre de ne pouvoir bourse délier, pour remplacer ces misérables bancs d’école suspendus par de belles et rapides cabines au confort douillet ? Fera-t’il la révolution auprès des édiles, de leurs assemblées primaires, ou des associations pour démontrer l’impéritie de ce qu’il dénonce en exposant toute la logique de ce qui « devrait être » ? Sera-t’il le « gilet jaune », le « moi-je » qui ne comprend plus la vie collective et que la collectivité ne veut plus écouter, qui restera au bord de la route avec ses bagages de rancœur que même son propre voisin ne partage pas ?

 

Sciences naturelles…

Mais revenons à nos chers êtres de la vie marine, petits et grands. Que nous apprennent-ils sinon que le mouvement dépasse le statut, que la dynamique a bien souvent raison de la logique, ou que l’émotion d’un appétit mal rassasié peut montrer le chemin du festin ?

Notre petit poisson possède dans sa course folle, deux éléments déterminants : l’Histoire et la Neutralité. Cela pourrait vous rappeler quelque chose (1291, 1815)…. L’Histoire lui a façonné cette capacité de mimétisme qui lui permet de se fondre dans un environnement. La Neutralité lui a enseigné qu’il est plus efficace de reprendre l’anonymat en se fondant dans son banc, que d’entreprendre des combats inégaux…

Le petit poisson se plaint souvent auprès de ses pairs de l’indifférence des dauphins qui le traitent comme simple nourriture, sans considérer son bien-être pour qu’il se multiplie et apaise l’insatiable appétit de ses taxateurs. Le dauphin fustige souvent ce fretin volage qui apparaît et disparaît sans crier gare, tantôt solitaire tantôt en ingérable troupeau, jamais au rendez-vous aux heures des agapes planifiées. De quoi crier forfait(ure) !…

 

Sciences sociales…

Mais voilà que le petit poisson nourrit des relations avec ses grands frères académiques, les mulets. Le petit poisson doit beaucoup au mulet et surtout son éducation. Le savoir du mulet est infini, depuis l’assainissement des ports, jusqu’à la transition énergétique en passant par les caprices du climat et la maîtrise technologique. On le trouve tour à tour boxeur, cabot caréné, diamant, doré, éventail, grande gueule, grosse tête, lunette, mignon ou sauteur…, bref une étonnante diversité pour conseiller tous les dicastères. Il mange parfois le petit poisson cancre qui ne suit pas ses recommandations, mais il menace aussi de son absence le dauphin qui ne sait raison garder.

 

Epilogue

Ainsi les dauphins soucieux de confort repu et d’équilibres consensuels, trouvèrent auprès des mulets, conseils et gourmandises qui leur permirent de continuer à surfer sur les vagues du temps…

C’est ainsi que le petit poisson a su dans son pauvre cœur apeuré et frileux qu’un grand’œuvre de cohabitation et d’intérêts partagés a pu naître de ses misérables nageoires. Tout le banc profita et offrit ce spectacle de lumières qui enjôla l’océan tout entier, mulets, dauphins et bancs de petits poissons, même si le sacrifice de quelques-uns fît le bonheur de tous.

Bienvenue dans un nouveau monde de services dont l’origine nous est familière, à nous propriétaires et résidents, à l’Apach et à Crans Montana.

Jean Metz

Comité de l’Apach

 

En hommage à de vieux amis, tous membres de l’Apach, naturellement.

En remerciements aux édiles éclairés et aux académiques ingénieux.

Décembre 2019

 

(*) gagné ! (Hegel)